Comprendre : Conflit israélo- palestinien : Mythes et réalités

samedi 10 novembre 2018
par  SUD Éduc

Si la situation en Palestine est une offense aux Droits de l’Homme, tous les juifs Israéliens n’en sont pas complices. Il existe des voix qui s’élèvent dans leur camp pour dénoncer les atrocités qui y sont commises. Assimiler tous les juifs à ces exactions serait aussi absurde que de considérer que tous les palestiniens veulent la destruction d’Israël.

LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN : Histoire d’une imposture

La version habituelle des sionistes est qu’ils se sont manifestés en Palestine à la fin du 19e siècle pour reconquérir leur patrie ancestrale ; que des Juifs achetèrent des terres et commencèrent à y établir la communauté juive ; qu’ils rencontrèrent une opposition violente et grandissante de la part des Arabes palestiniens, opposition provenant sans doute de leur antisémitisme inhérent ; que les sionistes furent alors obligés de se défendre ; et, que d’une manière ou d’une autre, cette situation a perduré jusqu’à aujourd’hui. Le problème avec cette explication, c’est qu’elle est tout simplement fausse. La vérité, c’est que dès le début, le mouvement sioniste était pressé de déposséder la population arabe native de la quasi-totalité de sa terre, afin qu’Israël devienne un Etat hébreu d’un seul tenant. Les terres, que le Fonds National Juif achetaient, étaient détenues au nom du peuple juif et ne pourraient plus jamais être revendues ou même louées à des Arabes (cette situation est toujours d’actualité.)

Au fur et à mesure que la communauté arabe prenait conscience des intentions sionistes, et parce que cela constituait un danger réel et immédiat qui menaçait l’existence même de la société arabe en Palestine, elle s’opposa vigoureusement à la poursuite de l’immigration juive ainsi qu’à l’achat de terres. A cause de cette opposition, l’ensemble du projet sioniste n’aurait jamais pu aboutir sans le soutien militaire des Britanniques. Soit dit en passant, la grande majorité de la population de Palestine était arabe depuis le 7e En résumé, le sionisme s’est appuyé sur une vision erronée et colonialiste du monde, ne faisant aucun cas des autochtones. En fait, l’opposition des Arabes au sionisme trouvait son origine dans la peur tout à fait légitime de voir leur peuple dépossédé de sa terre, plutôt que dans des considérations purement antisémites.

Les Juifs ont agi d’une façon pire que n’importe quel autre groupe l’aurait fait dans la même situation. Après la sinistre oppression subie par les Juifs, les sionistes (qui, jusqu’au lendemain de la 2e guerre mondiale, constituaient une nette minorité à l’intérieur du peuple juif) avaient le désir de s’installer quelque part où les Juifs pourraient se rendre maîtres de leur propre destin. Les agissements des sionistes étaient motivés par un profond désespoir, d’autant plus que les menaces sur la communauté juive se cristallisèrent à la fin des années 1930 et suivantes , mais la mythique « terre sans peuple pour un peuple sans terre » était déjà la patrie de 700.000 Palestiniens en 1919 ! Ainsi que nous allons le voir, c’est là que se trouve la racine du problème.

Histoire de la région

Les longs règnes de David et de Salomon, sur lesquels les sionistes basent leurs exigences territoriales, ne durèrent en tout qu’environ 73 ans… Puis ils se désagrégèrent… [Même] en admettant que l’ensemble des règnes juifs anciens furent autonomes, de la conquête de Canaan par David en 1000 av. J.C. jusqu’à la liquidation de Juda en 586 av. J.C., cela nous donne [seulement] une domination juive de 414 ans Avant la première immigration des Hébreux, vers 1800 av. J.C., le pays de Canaan était occupé par les Cananéens. Entre –3000 et –1100, la civilisation cananéenne couvrait tout le territoire constitué aujourd’hui par Israël,la Cisjordanie, le Liban ainsi qu’une bonne partie dela Syrie et dela Jordanie… Ceux qui restèrent sur les collines de Jérusalem après l’expulsion des Juifs par les Romains (au 2e siècle) formaient un melting-pot de fermiers et de vignerons, de païens et de chrétiens fraîchement convertis, de descendants des Arabes, de Perses, de Samaritains, de Grecs, ainsi que d’anciennes tribus cananéenne Mais tous ces différents peuples qui étaient venus constituaient des rajouts, des petites branches greffées sur l’arbre originel… Les envahisseurs arabes du 7e siècle] convertirent les autochtones à l’Islam, s’installèrent de façon permanente et pratiquèrent l’exogamie avec eux, dont le résultat fut que tous devinrent si complètement arabisés que l’on ne peut pas dire où finissent les Cananéens et où commencent les Arabes. La Palestine devint une province de l’empire ottoman, ce qui ne la rendit pas moins fertile, pas moins arabe ni moins islamique… L’agriculture occupait soixante pour cent de la population ; les quarante pour cent restants étaient répartis entre les citadins et un groupe relativement peu important de nomades. Tous ces gens étaient convaincus de leur appartenance à un pays qui s’appelaitla Palestine, bien qu’ils se sentissent appartenir à une nation arabe plus large… Malgré l’arrivée constante de colons juifs en Palestine après 1882, force est de constater que jusqu’aux dernières semaines précédant l’instauration d’Israël au printemps 1948, il n’y avait jamais rien eu d’autre qu’une écrasante majorité d’Arabes. A titre d’exemple, la population juive en 1931 se chiffrait à 174.606 sur une population totale de 1.033.314.’(’ Edward Saïd, "The Question of Palestine.

L’opposition arabe à l’arrivée des sionistes

L’objectif du Fonds [National Juif] était de « convertir la terre de Palestine, en possession inaliénable du peuple juif Théodore Herzl, le fondateur du sionisme écrivait « Nous essaierons de faire disparaître la population [arabe] sans ressources de l’autre côté de la frontière, en lui procurant du travail dans les pays de transit, tandis que nous lui refuserons tout travail dans notre propre pays… Le processus d’expropriation et l’expulsion des pauvres devront se dérouler discrètement et avec circonspection »… Dans plusieurs endroits du Nord dela Palestine, des fermiers arabes refusèrent de quitter leur terre qui avait été achetée par le Fonds à des propriétaires absents et les autorités turques, à la demande du Fonds, les en chassa… Les Juifs natifs de Palestine, eux aussi, réagirent négativement au sionisme. Ils ne voyaient pas l’intérêt d’un Etat hébreu en Palestine et ne voulaient pas exacerber les relations avec les Arabes

Avant le 20e siècle, la plupart des Juifs de Palestine faisaient partie de l’ancienne communauté Yishuv qui s’y était installée, d’ailleurs plus pour des raisons religieuses que pour des motifs politiques. Il n’y avait pratiquement aucun conflit entre eux et la population arabe. C’est lors de l’arrivée des colons sionistes dans les années 1880 que les tensions surgirent… lorsqu’ils achetèrent des terres à des propriétaires absents, ce qui conduisit à l’expropriation des paysans qui les avaient cultivées. Les Juifs, qui étaient [généralement] des serfs dans les pays dela Diaspora, se retrouvèrent subitement libres [en Palestine] ; et ce changement éveilla en eux une tendance au despotisme. Ils traitèrent les Arabes avec hostilité et cruauté, les privèrent de leurs droits, les offensèrent sans raison et se vantèrent même de ces exploits Des groupes, connus pour être des « inconditionnels de Sion », précurseurs de l’organisation sioniste, réussirent à convaincre quelques émigrants effrayés de se rendre en Palestine. Là-bas, argumentèrent-ils, les Juifs reconstruiront l’ancien « Royaume juif de David et de Salomon. » Mais la plupart des Juifs russes ignorèrent leur appel et fuirent vers l’Europe et les Etats-Unis. A partir de 1900, rien qu’aux Etats-Unis, un million de Juifs s’étaient déjà installés.

La période du mandat britannique - 1920-1948

La déclaration de Balfour promet une patrie juive en Palestine.

La déclaration de Balfour, faite en novembre 1917 par le gouvernement britannique, a été faite ; par une puissance européenne, à propos d’un territoire non européen, en totale indifférence à la présence et aux souhaits de la majorité des autochtones vivant sur ce territoire…

[Comme Balfour l’a lui-même écrit en 1919], « La contradiction avec la lettre de la convention (la déclaration anglo-française de 1918 promettant l’indépendance aux Arabes des anciennes colonies ottomanes en récompense pour leur soutien aux alliés) est encore plus flagrante dans le cas d’une nation indépendante de Palestine que dans celui d’une nation indépendante de Syrie. En tout cas, en Palestine, nous ne proposons même pas de consulter les habitants sur ce qu’ils souhaitent »… Les quatre puissances [Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Russie] ont pris des engagements vis à vis du sionisme – à tort ou à raison, qu’il soit bon ou mauvais, le sionisme puise ses racines dans une tradition ancestrale – pour satisfaire ses besoins présents et ses espoirs futurs, plus importants que les désirs ou les préjugés des 700.000 Arabes vivant aujourd’hui sur cette très vieille terre.( Edward Saïd, "The Question of Palestine.)

La politique sioniste d’occupation des sols fait partie intégrante de la constitution de l’Agence Juive pourla Palestine… « la terre doit être acquise en tant que propriété juive et les titres de propriété doivent être établis au nom du Fonds National Juif, aux fins d’être détenus en tant que propriété inaliénable du peuple juif. » La clause stipule que « l’Agence encouragera l’implantation agricole basée sur le travail juif »… Cette politique de colonisation sioniste eut pour effet de conférer l’extraterritorialité aux terres acquises par des Juifs ; et les Arabes ne pouvaient plus les exploiter…

La résistance arabe envers le sionisme pré israélien

De 1936 à 1939, les Arabes palestiniens tentèrent de conduire une révolte nationaliste… David Ben Gourion, éminemment réaliste, en reconnu la nature. Lors de discussions internes, il fit la remarque suivante : « dans l’argument que nous développons à l’étranger, nous minimisons l’opposition que les Arabes nous portent », mais il conseilla vivement, « entre nous, nous ne devons pas ignorer la vérité. » Et cette vérité était que « d’un point de vue politique, nous sommes les agresseurs et eux se défendent… »

« Le pays leur appartient parce qu’ils y vivent et, nous, nous voulons venir ici et nous y installer ; de leur point de vue, nous voulons prendre leur pays, alors que nous sommes encore à l’extérieur »… La révolte fut écrasée par les Britanniques, dans une brutalité considérable.

En 1948 lorsque Israël se déclara unilatéralement en Etat, il était propriétaire d’un peu plus de 6% de la terre de Palestine… Après 1940, lorsque l’autorité mandataire restreignit l’accès à la propriété terrienne aux Juifs, à des zones spécifiques dela Palestine, des achats (et des ventes) illégaux continuèrent de s’opérer à l’intérieur des 65% réservés aux Arabes. Ainsi, lorsque le plan de partition fut déclaré en 1947, il incluait des terres détenues illégalement par des Juifs et qui furent incorporées, comme un fait accompli, à l’intérieur des frontières de l’Etat hébreu. Et après qu’Israël proclama qu’il était devenu un Etat, une batterie impressionnante de lois assimilèrent en toute légalité des étendues immenses de terre arabe (dont les propriétaires étaient devenus des réfugiés et avaient été déclarés « propriétaires défaillants », afin de pouvoir exproprier leurs terrains et empêcher définitivement leur retour.) (Edward Saïd, "The Question of Palestine." n1948, l

La partition onusienne de la Palestine une forfaiture

A partir de cette date [novembre 1947], les Etats-Unis apparurent comme le partisan le plus acharné de la partition… Ils firent retarder le vote de l’Assemblée Générale « afin d’obtenir le temps nécessaire pour amener certaines républiques d’Amérique Latine à rejoindre leur position… Certains délégués accusèrent les fonctionnaires américains « d‘intimidation diplomatique. » L’action des Nations-Unies entrait en conflit avec les principes de base selon lesquels cette organisation mondiale avait été fondée, à savoir : faire respecter le droit des peuples à l’autodétermination. En refusant aux Arabes palestiniens, qui constituaient [alors] une majorité des deux tiers du pays, le droit de décider par eux-mêmes, les Nations-Unies violaient leur propre charte

Alors que la direction du Yishuv avait officiellement accepté la résolution de 1947, relative à la partition, les pans entiers de la société israélienne – y compris Ben Gourion – qui s’y opposèrent ou exprimèrent leur mécontentement conclurent rapidement qu’une guerre fournirait une occasion idéale d’étendre les frontières du nouvel Etat au-delà de celles désignées par la partition onusienne, et aux dépends des Palestiniens.

Le début de la guerre

En décembre 1947, les Britanniques annoncèrent qu’ils se retireraient de Palestine à compter du 15 mai 1948. Les Palestiniens, à Jérusalem et à Jaffa, appelèrent à la grève générale contre la partition. Presque immédiatement, des combats éclatèrent dans les rues de Jérusalem… De violents incidents se multiplièrent et dégénérèrent en une guerre acharnée… Pendant ce mois fatidique d’avril 1948, huit des treize principales attaques sionistes contre des Palestiniens eurent lieu dans les territoires attribués à l’Etat arabe. Avant la fin du mandat, et donc avant que les Etats arabes ne puissent intervenir, les Juifs, forts de leurs supériorités militaire et d’organisation, occupaient… la plupart des villes arabes de Palestine, donc avant le 15 mai 1948. Tibériade fut occupée le 19 avril 1948, Haïfa le 22 avril, Jaffa le 28 avril, les quartiers arabes de la ville nouvelle de Jérusalem le 30 avril, Beit Shean le 8 mai, Safed le 10 mai et Saint-Jean d’Acre le 14 mai 1948 Par contre, les Arabes palestiniens, eux, ne s’étaient emparés d’aucuns des territoires réservés à l’Etat hébreu par la résolution de partition Les Israéliens prétendent aujourd’hui que la guerre commença à cause de l’entrée des armées arabes en Palestine après le 15 mai 1948, en fait, il s’agissait là de la seconde phase de la guerre ; ils n’assistèrent pas aux massacres, aux expulsions et aux expropriations qui eurent lieu avant cette fameuse date et qui rendirent nécessaire ‘l’intervention’ des Etats arabes

La Ligue Arabe appela précipitamment ses pays membres à envoyer des troupes armées régulières en Palestine. L’ordre consistait seulement à sécuriser les parties dela Palestineattribuées aux Arabes en vertu du plan de partition. Mais ces armées régulières étaient mal équipées et dépourvues d’un commandement centralisé pour coordonner leurs efforts… [Le roi de Jordanie, Abdallah] fit la promesse [aux Israéliens et aux Britanniques] que ses troupes (la Légion Arabe, seule véritable force de combat parmi les armées arabes) éviteraient de se battre contre les implantations juives

Le massacre de Palestiniens à Deir Yassin perpétré par des soldats juifs

Pendant toute la journée du 9 avril 1948, l’Irgoun et les soldats du LEHI, de façon froide et préméditée, exécutèrent ce carnage … Les attaquants ‘alignèrent les hommes, les femmes et les enfants le long des murs et les fusillèrent,’… Le caractère impitoyable de l’attaque de Deir Yassin choqua autant l’opinion juive que l’opinion mondiale ; ce massacre sema la terreur et la panique parmi la population arabe ; et dans tout le pays, ces populations civiles désarmées s’enfuirent de leurs maisons. Les armées des Etats arabes entrèrent en guerre immédiatement après la fondation de l’Etat d’Israël en mai. Pratiquement tous les combats eurent lieu à l’intérieur du territoire attribué à l’Etat palestinien… Environ 700.000 Palestiniens s’enfuirent ou furent expulsés durant le conflit de 1948.

Destruction délibérée des villages arabes pour prévenir tout retour des Palestiniens

Pendant le mois de mai [1948], les conceptions sur la façon de consolider et de rendre permanent l’exil des Palestiniens se concrétisèrent, et la destruction de villages fut immédiatement perçue comme le meilleur moyen d’atteindre ce but… [Même avant,] Le 10 avril, les unités du Haganah prirent Abou Shusha… Cette nuit-là, le village fut détruit… Khulda fut rasée par les bulldozers israéliens le 20 avril… Abou Zureiq, complètement démolie… Al Mansi et An Naghnaghiya, dans le sud-est, furent elles aussi rasés… A partir de la mi-49, la majorité [des 350 villages arabes fraîchement dépeuplés] était soit complètement ou partiellement en ruines, soit rendue inhabitable.( Benny Morris, "The Birth of Palestinian Refugee Problem, 1947-1949." )

Ben Gourion voulait manifestement que le moins possible d’Arabes demeurent dans l’Etat hébreu. Il espérait les voir s’enfuir. Il le répéta souvent à ses collègues et à ses assistants à l’occasion de réunions en août, septembre et octobre [1948]. Mais aucune politique [générale] d’expulsion ne fut jamais [officiellement] exposée et Ben Gourion se garda toujours d’émettre par écrit des ordres d’expulsion clairs ; il préférait que ses généraux ‘comprennent’ par eux-mêmes ce qu’il attendait d’eux. Il souhaitait éviter que l’histoire ne se souvienne de lui comme du ‘grand expulseur’ et il ne voulait pas que le gouvernement israélien soit impliqué dans une politique moralement douteuse… Mais alors qu’il n’y avait pas de politique officielle d’expulsion, les offensives de juillet et d’octobre [1948], en comparaison avec la première moitié de la guerre, furent caractérisées par des expulsions bien plus nombreuses et, pour tout dire, par encore plus de brutalité envers les populations civiles arabes

Le nettoyage ethnique de la population arabe de Palestine était bien inscrit dans le projet sioniste

Joseph Weitz était le directeur du Fonds National Juif à la Terre… Le 19 décembre 1940, il écrivait : ‘Que ce soit bien clair : dans ce pays, il n’y a pas de place pour deux peuples… Jusqu’à présent, l’entreprise sioniste… c’est bien déroulée, à son rythme, et elle pouvait se contenter ‘d’acheter des terres’ – mais cela n’aboutira pas à l’Etat d’Israël ; il faut que cela se fasse d’un coup, à la manière d’un Salut (c’est le secret de l’idée messianique) ; et il n’y a pas d’autres moyens que de transférer les Arabes vers les pays voisins, de les transférer tous ; à l’exception peut-être de Bethléem, de Nazareth et du Vieux Jérusalem, nous ne devons leur laisser aucun village, pas même une simple tribu

Les Arabes n’ont jamais lancé d’ordre d’évacuer

La BBCa contrôlé toutes les diffusions sur le Moyen-Orient pour l’ensemble de l’année 1948. Les enregistrements, ainsi que les documents rédigés par une unité de contrôle américaine, peuvent être consultés au British Museum. Il n’y a jamais eu, en 1948, le moindre ordre ou appel ou même suggestion d’évacuerla Palestine, émanant de stations de radio arabes, à l’intérieur ou à l’extérieur dela Palestine. Parcontre, il y a des archives d’enregistrements d’appels arabes répétés, voire des ordres clairs, enjoignant la population arabe à ne pas bouger

Israël fut admis à l’O.N.U., mais se rétracta par la suite des conditions de son admission

La conférence [de Lausanne] débuta officiellement le 27 avril 1949. Le 12 mai, le Comité de Conciliation dela Palestine[des Nations-Unies] n’obtint son unique succès que lorsqu’il persuada les parties de signer un protocole à propos d’une feuille de route en vue d’une paix complète… Pour la première fois, Israël acceptait le principe du rapatriement [des réfugiés arabes] et l’internationalisation de Jérusalem… [mais en fait] il ne s’agissait de leur part que d’un pur exercice de relations publiques dans le seul but de restaurer leur image internationale… La première résolution de l’assemblée générale de l’O.N.U.– la résolution n° 194 – affirmant le droit pour les Palestiniens de retourner dans leurs maisons et de retrouver leurs propriétés, fut adoptée le 11 décembre 1948. Elle fut ré-adoptée pas moins de vingt fois depuis cette première date. Bien que le droit politique et moral pour une personne de retourner à son lieu de résidence continue soit universellement reconnu, Israël a dénié toute possibilité de retour… [et] a systématiquement et juridiquement rendu impossible

L’hiver 1949, le premier hiver d’exil pour plus de 750.000 Palestiniens, fut rude et froid… Des familles se blottirent dans des grottes, d’autres dans des huttes abandonnées ou encore dans des tentes improvisées… Nombre de ces affamés n’étaient distants que de quelques kilomètres de leurs jardins potagers et de leurs vergers en Palestine occupée – le nouvel Etat d’Israël… A la fin de 1949, les Nations-Unies finirent par agir. Elles mirent sur pieds l’UNRWA (United Nations Relief and Works Administration – l’Administration d’Aide et de Travaux des Nations-Unies) pour prendre le relais des associations humanitaires sur soixante camps de réfugiés. Cela permit tout juste de maintenir les gens en vie.

Les Egyptiens sont-ils vraiment à l’origine de la guerre de 1967, ainsi qu’Israël l’a toujours affirmé ?

L’ancien commandant de l’armée de l’air, le général Ezer Weitzman, faucon réputé, affirma qu’il n’y avait pas de ‘menace de destruction’ mais que l’attaque de l’Egypte, de la Syrie et de la Jordanie était néanmoins justifiée pour permettre à Israël ‘d’exister par rapport à la taille, l’esprit et la qualité qu’il incarne.’… Menahem Begin fit la remarque suivante : ‘En juin 1967, nous étions de nouveau face à un choix. Les concentrations militaires égyptiennes dans les voies d’accès au Sinaï ne prouvaient pas que Nasser allait vraiment nous attaquer. Soyons honnêtes avec nous-mêmes : C’est nous qui avons décidé de les attaquer.

"

Je ne crois pas que Nasser voulait la guerre. Les deux divisions qu’il envoya dans le Sinaï n’auraient pas été suffisantes pour lancer une offensive. Il le savait et nous le savions. Yitzhak Rabin, chef d’Etat-major interarmées en 1967, Le Monde, 28/2/1968.

Les déclarations posthumes de Moshé Dayan à propos du plateau du Golan

Moshé Dayan, le célèbre chef militaire qui donna l’ordre, en 1967, en tant que ministre de la défense, de conquérir le Golan, … [rapporta] que de nombreuses escarmouches avec les Syriens furent provoquées par Israël ; et les habitants des Kibboutzim, qui faisaient pression sur le gouvernement pour prendre le plateau du Golan, étaient moins motivés par des raisons de sécurité que par l’extension de leurs exploitations… [Dayan rapporta] ‘Ils n’essayèrent même pas de cacher leur convoitise des terrains… Dans la zone démilitarisée où nous ne pouvions rien faire, nous avions prévu d’envoyer un tracteur pour labourer quelque endroit sachant d’avance que les Syriens se mettraient à tirer. S’ils ne tiraient pas, nous dirions au conducteur d’avancer plus loin jusqu’à ce que les Syriens finissent par être énervés et tirent. Et après, nous utiliserions l’artillerie et encore plus tard nous y ajouterions la force aérienne, et c’est ce qui c’est passé… Les Syriens, au quatrième jour de la guerre, ne constituaient plus une menace pour nous.’ The New York Times, 11 mai 1997.

Accepter la partition ne nous oblige pas à renoncer à la Transjordanie ; on ne demande à personne de renoncer à ses idées. Nous sommes obligés d’accepter un Etat dans les limites territoriales fixées aujourd’hui. Mais ces frontières, selon les aspirations sionistes, concernent le peuple juif et aucun facteur extérieur ne pourra les limiter. David Ben Gourion, en 1936,

Le danger principal que pose Israël, en tant qu’Etat hébreu, à son propre peuple, aux autres Juifs et à ses voisins, réside dans la poursuite de son expansion territoriale, trouvant sa source dans l’idéologie, et de la série inévitable de guerres qui s’en suivra… Aucun politicien sioniste n’a jamais répudié l’idée de Ben Gourion selon laquelle la politique israélienne doit se baser (dans les limites de la considération pratique) sur la restauration des frontières bibliques comme frontières de l’Etat hébreu. Israël Shahak, professeur israélien, "Jewish History, Jewish Religion : The Weight of 3000 Years."

Dans le journal personnel du Premier ministre israélien Moshé Sharatt, on y trouve un extrait datant de mai 1955 dans lequel il cite Moshé Dayan : [Israël] doit regarder l’épée comme le principal, sinon l’unique, instrument avec lequel il peut maintenir son enthousiasme au plus haut et contenir ses tensions morales. Pour ce faire, il peut – non, il doit – inventer des dangers, et pour y parvenir, il doit adopter la méthode provocations/représailles… Et surtout, espérons une nouvelle guerre avec les pays arabes pour que nous puissions enfin régler nos problèmes et acquérir notre espace.

Toutes les colonies juives des territoires occupés, établies lors de la guerre de 1967, constituent une violation patente des Conventions de Genève qu’Israël a signées.

La Conventionde Genève exige qu’une puissance occupante modifie le moins possible l’ordre existant durant son occupation. Un des aspects de cette obligation est de laisser le territoire aux gens qu’elle y a trouvés. Elle n’a pas le droit de faire venir ses propres nationaux pour peupler ce territoire. Cette interdiction se trouve dans l’Article 49 de cette Convention, qui stipule, ‘La puissance occupante n’a pas le droit de déplacer ou de transférer une partie de sa propre population civile dans les territoires qu’elle occupe.’

En violation de la loi internationale, Israël confisqua plus de 52% du territoire de la Cisjordanie et 30% de la bande de Gaza pour un usage militaire ou pour des implantations de populations civiles juives… De 1967 à 1982, Le gouvernement militaire d’Israël a démoli en Cisjordanie 1.338 maisons palestiniennes. Pendant cette période, plus de 300.000 Palestiniens ont été détenus sans procès, et pour des durées variables, par les forces de sécurité israéliennes.

Après les "Accords d’Oslo "Israël réalise son rêve insensé

"Israël a découpéla Cisjordanieau moyen de centaines de tranchées, de remparts de terre et de cubes de béton qui ont été placés à l’entrée de la plupart des villes et villages. Personne n’entre et personne ne sort, ni les femmes enceintes, ni les mourants. Il n’y a même pas un soldat avec lequel on peut argumenter ou supplier. Un réseau de sentiers et de pistes sinueuses qui traversent l’encerclement jettent tout un peuple sur des routes boueuses et caillouteuses, avec le risque aggravé de se faire prendre ou de se faire tirer dessus par des soldats qui ouvrent souvent le feu sur des voyageurs désespérés…Les Palestiniens des territoires n’ont jamais connu dans le passé une telle détresse et une telle souffrance sur une si grande échelle. Elles engendreront un désespoir sans précédent et finiront par déclencher une violence encore plus cruelle et douloureuse que ce que l’on a vu jusque là… Voilà de quoi il s’agit : la détresse épouvantable des Palestiniens, causée par la présente clôture, deviendra bien vite celle des Israéliens… Le siège actuel, opération honteuse et scandaleuse, doit être levé rapidement. Il ne doit pas être conditionné à l’arrêt des violences, parce que le siège en lui-même est le meilleur encouragement à la violence."

(Gideon Levy, écrivain israélien, dans Haaretz, le 4 mars 2001).

"Le camp de la paix s’est effondré en Israël il y a dix ans"

En substance : la voix de l’armée écrase tout. Contre ce "black-out médiatique", quelques écrivains et journalistes israéliens tentent de faire valoir un autre point de vue. Parmi ceux qui ont été traduits, citons :

Gidéon Lévy dont les articles sur la guerre de Gaza de 2009 (qui avait fait 1300 morts palestiniens selon MSF) ont été publiés en français. Le journaliste y rend compte de la violence de la guerre. Et explique comment "le camp de la paix s’est effondré en Israël il y a dix ans déjà [au début des années 2000] après la deuxième Intifada et la proclamation (...) par l’ancien premier ministre israélien Ehoud Barak qu’il n’existait aucun partenaire palestinien pour la paix". Un basculement de l’opinion qu’il évoque dans une interview à L’Humanité ce 30 juillet.

♦ Autre figure emblématique d’Haaretz, la journaliste Amira Hass, lauréate en 2003 du prix mondial de la liberté de la presse décerné par l’Unesco. Correspondante du journal dans les territoires occupés, elle "chronique depuis vingt ans l’occupation israélienne au quotidien".

"Je continue d’espérer qu’en apportant de l’information je permets à certaines personnes en Israël de comprendre à quel point la situation est dangereuse", confiait-elle à Courrier International en octobre 2013. Car l’obsession de toutes ces plumes minoritaires est la même : Israël, estiment-ils, court au désastre avec sa politique belliciste.

Avant de s’installer à Ramallah en Cisjordanie, Amira Hass avait vécu trois ans dans la bande de Gaza, au début des années 1990. Un séjour qu’elle raconte avec émotion dans Boire la mer à Gaza (livre réédité dans sa version anglaise, Drinking the sea at Gaza, en décembre 2014. Extraits consultables sur Amazon). L’idée de départ ? "La volonté de voir Gaza par les yeux de son peuple, plutôt que par le pare-brise d’une jeep de l’armée".

"La déshumanisation systématique du colonisé entraîne inévitablement la déshumanisation du colon et de sa société"

♦ Figure de la gauche radicale israélienne et co-fondateur du Centre d’Information Alternatif (AIC) à Jérusalem, Michel Warschawski n’a cessé de dénoncer la colonisation et l’occupation des territoires palestiniens.

Dans A tombeau ouvert, La crise de la société israélienne (2003), l’écrivain décrit une société gangrenée par le messianisme, le militarisme, et l’avancée de la colonisation. "La déshumanisation systématique du colonisé, écrit-il, entraîne inévitablement la déshumanisation du colon et de sa société".

Et d’ajouter : "Au cours de la dernière décennie, le colon est devenu un surhomme qui n’a à tenir compte d’aucune loi, d’aucune institution. Il vole les terres de ses voisins arabes, récolte leurs olives, perce des chemins et en ferme d’autres, interdit l’accès des paysans arabes à leur terres et, quand il est en colère, organise des raids punitifs".

Comme Gidéon Lévy, il regrette (dans Au pied du mur, 2011) qu’un des "éléments les plus marquants de l’agression contre Gaza en décembre 2008" ait été "l’absence d’une opposition significative en Israël même, et ce alors que le monde entier, y compris des amis indéfectibles de l’Etat hébreu, exprimait sa consternation face à la brutalité des forces armées israéliennes".

Toute la presse a évoqué ces déserteurs ou objecteurs de conscience qui refusent de combattre dans les territoires palestiniens. Leurs propos font écho aux témoignages de soldats israéliens sur les brutalités de l’occupation. Recueillis par l’association Breaking the silence, ces récits ont été publiés en France en 2013 par les éditions Autrement. Rue 89 livre quatre d’entre eux, d’où ressortent les humiliations subies par les Palestiniens. Et le sentiment de honte de ces ex-militaires, quand ils se souviennent de leurs actes en zone occupée.

Livres cités

♦ Gaza, Articles pour Haaretz 2006-2009, de Gidéon Lévy (La fabrique, 2009)
♦ Boire la mer à Gaza, d’Amira Hass (La fabrique, 2001)
♦ A tombeau ouvert, la crise de la société israélienne de Michel Warschawski (La fabrique, 2003)
♦ Au pied du mur, de Michel Warschawski (Syllepse, 2011)
♦ Le livre noir de l’occupation israélienne : Les soldats racontent, de l’association Breaking The Silence, avec une préface de Zeev Sternhell (Autrement, 2013)

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♦ Sur la frontière, de Michel Warschawski (Pluriel, Hachette Littérature, 2004). La journaliste du Monde Diplomatique Mona Chollet rend compte du livre dans un article intitulé La boussole dans la tempête. L’ouvrage est une réflexion sur le trajet personnel de l’auteur (fils du grand rabbin de Strasbourg, Michel Warschawski est parti à seize ans à Jérusalem suivre des études talmudiques) et sur les frontières mouvantes et non définies d’Israël et de ses voisins.