Le chômage explose dans une Argentine en crise

lundi 14 octobre 2019
par  SUD Éduc

Qui arrêtera le pendule argentin ?

Le soulèvement des « gilets jaunes » français suscite l’admiration de larges fractions de la population argentine. La politique menée par le président conservateur Mauricio Macri, au pouvoir depuis 2015, a fait monter en flèche les prix de l’énergie et des produits de première nécessité. Alors que la pauvreté augmente, la colère sociale couve sans provoquer d’explosion. Jusqu’à quand ?

Le soulèvement des « gilets jaunes » français suscite l’admiration de larges fractions de la population argentine. La politique menée par le président conservateur Mauricio Macri, au pouvoir depuis 2015, a fait monter en flèche les prix de l’énergie et des produits de première nécessité. Alors que la pauvreté augmente, la colère sociale couve sans provoquer d’explosion. Jusqu’à quand ?
par Renaud Lambert

En novembre 2015, l’élection de M. Mauricio Macri à la présidence de l’Argentine avait enthousiasmé le monde de la finance. Un chef d’entreprise à la tête d’un pays longtemps honni des marchés ? Le forum de Davos venait de trouver sa star. Trois ans plus tard, une violente crise balaie l’Argentine, qui sollicite l’« aide » du Fonds monétaire international (FMI). Celui dont la prise de fonctions devait, selon le Financial Times, « marquer le début d’une nouvelle ère (1) » s’estime rattrapé par une fatalité propre à son pays : « Tomber, se relever, puis tomber à nouveau, encore et encore. »

Les courbes représentant la croissance économique de la plupart des pays se ressemblent : des collines, des vallons et, de temps en temps, un relief plus prononcé. Dans le cas argentin, le schéma évoque une succession de convulsions. 2002 : chute de 10,9 % ; 2003 : bond de 8,8 % ; 2007 : pic de 7,7 % ; 2009 : croissance nulle ; 2011 : nouvelle hausse de 7,9 % ; 2012 : tout juste 1 % (2). Au cours des soixante dernières années, Buenos Aires a cumulé quatre défauts sur sa dette, vingt-six accords avec le FMI et deux épisodes d’hyperinflation.

En 1983, l’économiste Marcelo Diamand analyse ce va-et-vient, manifeste depuis le début du XXe siècle. Ses travaux concluent que les mouvements erratiques de l’économie s’expliquent par un conflit politique entre deux parties incapables, pour l’heure, de se départager. L’Argentine n’est pas un pays mais un pendule, estime-t-il. Un pendule dont le mouvement éclaire l’élection de M. Macri, l’échec de sa politique économique et l’enjeu de l’élection présidentielle de 2019.

D’un côté du champ de bataille, le secteur agraire, qui naît avec la colonisation du pays. Son activité consiste à observer, de loin, le cupidon des amours bovines démultiplier les têtes de ses troupeaux. Alimenté par l’extraordinaire fertilité de la pampa, le flux continu des exportations garnit ses coffres. Cette oligarchie réside en Argentine mais pense en Europe. Elle y fait éduquer ses enfants ; elle en importe ses vêtements, ses meubles et ses idées.

Loin des grandes exploitations, un autre secteur, populaire, urbain, à la peau souvent mate. Il émerge au début du XXe siècle avec les manufactures, qui apparaissent ici plus tôt qu’ailleurs dans la région. Alors que la richesse du sol dote le secteur agraire d’une compétitivité naturelle, l’industrie souffre d’un retard trop important pour rêver d’exportations. Elle n’en a pas moins besoin de devises, afin d’approvisionner ses lignes de production en machines, par exemple. Ces livres sterling et ces dollars doivent donc provenir de l’unique secteur capable de les drainer : l’agriculture.