Le gouvernement veut privatiser l’enseignement des langues vivantes

jeudi 15 mars 2018
par  SUD Éduc

Étonnantes déclarations de la part de décideurs qui en Afrique plébiscitent la francophonie, mais qui en Europe mettent en place des stratégies de développement économique contraires. Ce qui est bon pour l’Afrique ne l’est pas pour la France. Frères africains qu’on se le dise : Investir dans l’ éducation en Français sera inutile, coûteux et maintiendra les pays qui en auront fait le pari dans un état de sous- développement ! Ce n’est pas moi qui le suggère c’est eux.

Bref historique de l’utilisation des langues dans l’éducation Nationale en fonction des choix politico- économiques.

Jusque dans les années 80 la France misait sur une Europe Franco- Allemande.

Les demandes d’ouverture de postes étaient bloquées par un nombre insignifiant de postes au CAPES dans d’ autres langues que l’Anglais et l’Allemand.

Il faudra attendre l’ère Mitterrand pour que le choix de la LV2 soit effective dans de nombreux établissements.

Les langues vivantes et les options latin- grec, s’imposant comme moyen de sélection des élites, l’alignement des cours de langues, seul moyen d’éviter les classes d’élite marquera le début des "groupes de convenance" et des regroupements des classes d’un même niveau.

Certains chefs d’établissement en profiteront d’ailleurs pour justifier des "emplois du temps gruyère".

Déjà, à cette époque les enseignants de langue se voyaient défavorisés en comparaison avec les enseignants de certaines autres matières :
Difficultés pour assurer correctement les fonctions de professeur principal de par le regroupement des classes par niveau puisqu’ils n’avaient jamais tous les élèves d’une même classe.

Nombre pléthorique de conseils de classe, parfois pour un nombre très réduit d’élèves, mais les effectifs limités compensaient en partie ce temps de travail supplémentaire.

A partir e la fin des années 80, on a connu une explosion du nombre d’élèves par classe. A l’époque, les directives de l’OCDE préconisaient l’augmentation progressive du nombre d’élèves par classe plutôt que de restreindre, voire de supprimer, l’offre des langues optionnelles. Ainsi, on faisait des économies en limitant le nombre d’emplois et l’usager se rendait moins compte de la dégradation des conditions d’accueil dans les établissements. Finis les dédoublements à partir de 25 élèves, on connut ainsi des groupes de 4e à 34 (à l’étranger aussi, je vous rassure) et des groupes de lycée allant jusqu’à 36 élèves, je n’ai pas de témoignage de groupes supérieurs pour l’instant.

Mais ce n’était pas encore assez. La dernière réforme n’aura fait qu’accentuer la dégradation des conditions de travail, la qualité de l’enseignement et des résultats des élèves en difficulté. Toujours plus de classes, toujours plus d’hétérogénéité, plus d’exigences sans moyens supplémentaires et des objectifs irréalisables, des emplois du temps de plus en plus chronophages, de plus en plus d’harmonisations, de réunions et d’obligations administratives.

Depuis sa mise en place il n’y a pas eu de bilan et il est fort à craindre qu’il n’y en aura jamais, preuve évidente que le but recherché n’a jamais été l’ amélioration du niveau des élèves mais la possibilité de rentabiliser au maximum les emplois en remplissant les classes.

La dernière réforme des langues aura permis la mise en place de ce que nous allons devoir gérer et qui, à la longue, servira de support à la réforme de l’évaluation des enseignants.

Désormais nous faisons passer les oraux de BAC sans être payés, nous créons nos sujets, nous avons subi des pertes indemnitaires importantes.

Sous couvert d’harmonisation européenne (lorsque les mesures sont impopulaires on les met toujours sur le dos de l’Europe), il est possible de rassembler au sein de mêmes groupes de langues des élèves de filières et de projets différents : ES-S-L-STMG-BAC Pro grâce aux groupes de "compétences- convenance" et à des niveaux visés identiques pour tous les élèves quelle que soit la filière.

Comme cela est tout simplement irréalisable, les grilles de correction sont conçues de telle façon que pour ne pas avoir la moyenne, un élève doit vraiment être d’un niveau très, très faible.

Puisque le niveau visé ne peut être atteint et qu’il est important pour les entreprises d’avoir des salariés autonomes dans la maîtrise de la langue étrangère, ils choisissent donc de faire appel à des centres de langues privés.

Il serait bon de rappeler :

- que, malgré les demandes, l’Éducation Nationale ou l’AEFE refusent encore de prendre en charge les formations pour les certifications qui permettraient aux enseignants de délivrer les attestations de niveaux de compétences. Pour l’instant, ces formations sont à leurs frais et hors temps scolaire.

- que de nombreux enseignants de langue ont attiré l’attention des autorités pédagogiques et administratives sur les dangers et les dérives possibles lorsque nous évaluons nos propres élèves dans le cadre d’un examen national.

- que les équipements des établissements scolaires, souvent insuffisants pour atteindre des objectifs en compréhension de l’oral, renforcent les inégalités puisque toutes les familles n’ont pas accès aux mêmes outils.

- que déterminer "le mérite" d’un enseignant en fonction de la réussite de ses élèves aux épreuves de la certification serait inadmissible vu les conditions d’exercice, le manque de moyens et les objectifs irréalisables qui nous sont fixés.

Ces déclarations entrent dans la logique de la politique internationale des langues propulsée par les pouvoirs économiques mondiaux pour leurs propres intérêts.
L’Éducation Nationale, financée par l’impôt, se doit d’être au service de l’épanouissement individuel des citoyens et non seulement un outil de rentabilité des puissances économiques mondiales.
Nous demandons à bénéficier des formations nécessaires pour une délivrance fiable des certifications indépendantes du Baccalauréat par les enseignants de l’Éducation Nationale recrutés suivant des critères nationaux, qui devraient être formés pour répondre à des besoins éducatifs d’une République laïque et indépendante de toute pression économique et politique.
C’est l’économie qui doit être au service des citoyens et non le contraire.
Il est incohérent que le gouvernement préfère rémunérer les services d’intervenants privés plutôt que de former son propre personnel volontaire et de le rémunérer comme il se doit pour des tâches qui n’entrent pas dans les obligations de service.

23 février dernier, le Premier Ministre se fendait d’un discours sur le commerce extérieur inquiétant quant à l’avenir qu’il dessinait pour l’enseignement des langues vivantes.
Une conception utilitariste des langues

Édouard Philippe déclare dans son discours que l’anglais est la « première langue de la mondialisation », qui permettra aux « Français [de] partir à la conquête du monde ». Au-delà du vocabulaire guerrier, les enseignant-e-s et les élèves seront ravi-e-s d’avoir la preuve que l’intérêt pour une langue vivante ne se mesure qu’à son utilité dans les relations commerciales.

Une certification confiée au privé

Comme les enseignant-e-s sont nécessairement incompétent-e-s, le baccalauréat nouvelle mouture ne suffira pas à attester d’un niveau de langue : Édouard Philippe annonce l’introduction d’une « logique d’attestation de niveau en langues étrangères » dès le lycée. Il s’agira de faire passer des certifications proposées par des organismes privés — le Premier Ministre donne lui-même des noms – qui seront « financées par l’État ».
Financées par le public, délivrées et contrôlées par le secteur privé marchand : il s’agit d’une attaque directe contre le monopole d’État sur les diplômes qui garantit la limitation de la pénétration des entreprises dans l’éducation. Il s’agit également d’une expression de la défiance sans borne que nourrissent les membres du gouvernement à l’égard des enseignant-e-s.

Pour SUD éducation, de telles mesures sont inenvisageables. Il est plus que jamais nécessaire de revendiquer un service public d’éducation soustrait aux logiques du marché, le 22 mars prochain dans la rue !