Con finement Le télétravail nuit au travail, à la santé et à nos vies

vendredi 10 avril 2020
par  SUD Éduc

Dans un contexte d’urgence sanitaire, les personnels de l’éducation nationale déploient leur engagement professionnel et leur bon sens pour faire face autant que possible aux enjeux du moment. Mais qu’ils et elles soient administratif·ves, techniques, AESH, assistant·es d’éducation, enseignant·es, c’est avec leurs ressources propres qu’ils et elles doivent répondre aux besoins du terrain. Pendant ce temps, la hiérarchie organise un simulacre de continuité du service et de « continuité pédagogique » quitte à mettre à mal le travail, la santé des personnels et celle des usager·es. C’est notre travail qui est malmené, notre santé qui est entamée, notre vie personnelle qui est aspirée.

De quoi parle-t-on ?
Le télétravail est identifié comme capable de faire exploser les principaux repères de temps et d’espace, brouiller davantage les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle. Le télétravail, c’est réaliser des tâches, plusieurs en parallèle, dont bon nombre nous éloignent du cœur de notre métier. Le télétravail, c’est être contacté à tout moment par la hiérarchie, les collègues et les usager·es et devoir leur répondre sans délai. C’est aussi devoir se familiariser sans délai avec de nouveaux logiciels et s’astreindre à une utilisation intense des messageries électroniques. C’est aussi la contrainte de disposer d’un créneau horaire quotidien sur un poste informatique, au milieu de l’entourage lorsqu’il existe, bruyant et fort de sollicitations. Ainsi, le temps de travail devant écran étant limité, la pression est là. Isolés, les personnels n’ont souvent d’autres choix que de travailler très tard le soir quand l’ordinateur est libre et le foyer plus calme, ou d’adapter en permanence l’emploi du temps pour faire face à la densité et à l’imprévu des journées. Ce n’est plus le cœur de notre métier lorsqu’il s’agit de passer une part importante du temps à organiser par écrit au lieu d’échanger de vive voix avec nos collègues. Et quand il s’agit d’écrire en pesant les mots pour les usager·es que l’on sait comme nous mu·es par les inquiétudes d’ordre sanitaire et économique mais aussi par la crainte du décrochage de leurs enfants et la culpabilisation implicite liée à la communication ministérielle. Et quand il faut chercher comment fonctionne une plateforme ou un logiciel sans formation. Et quand il faut scanner des documents, récupérer des extractions de logiciels institutionnels obsolètes tandis que les usager·es ont besoin du fruit de notre travail. Quid alors du droit à la déconnexion qui vise à faire respecter le temps de repos, de congés, ainsi que la vie personnelle, et familiale lorsque c’est le cas ? Et puis, comment va notre santé au travail lorsque l’on doute de pouvoir verser les paies des collègues précaires. Et lorsque les professeur·es se trouvent devant le dilemme de ne pas creuser les inégalités scolaires tout en évitant d’éloigner les élèves des habitudes de travail ?.
Et quand, dans le contexte de pandémie actuel, il s’agit en parallèle, de travailler, de répondre aux sollicitations du foyer, de soutenir des proches, de vivre avec ses peurs et son indignation devant les choix politiques qui sont faits.
Ces conditions de travail nous épuisent, toutes et tous, de manière isolée, rendant difficile les réactions collectives.

Décryptage
Une crise sanitaire peut constituer une aubaine pour les dirigeant·es. C’est l’analyse de Naomi Klein dans sa « Stratégie du choc », selon laquelle les systèmes économiques libéraux profitent des chocs psychologiques ou environnementaux pour imposer des contre-réformes visant à réduire les coûts, précariser l’emploi et faire des profits.
Le télétravail génère des atteintes à la santé qui sont les conséquences de l’exposition à divers risques organisationnels, comme en atteste le rapport Gollac. Ces facteurs de risques organisationnels durables peuvent créer un état de stress chronique qui représente un risque pour la santé. L’accumulation des facteurs de risques est un élément aggravant. Par exemple, en ce moment, des personnels doivent, dans un temps limité, prendre contact avec des familles, en apportant des conseils semblant dérisoires au regard de la tâche tout en prenant des notes sur un document numérique, dans une ambiance bruyante, avec l’avalanche des mails professionnels qui continuent de leur parvenir, tout en affichant une attitude « positive » malgré l’anxiété de certain·es usager·es. La coexistence de certains facteurs « antagonistes » affecte particulièrement la santé. Par exemple, les injonctions hiérarchiques obligent les personnels à intensifier leur travail, notamment en passant par l’adaptation à de nouveaux outils numériques, et ce, sans formation ni matériel fourni par l’employeur.

Risques organisationnels, en langage managérial, ça se dit risques psychosociaux, le vocabulaire tente ainsi de renvoyer les atteintes à la sphère privée et à de supposées fragilités de la personne, basse manœuvre des employeurs

Le ministère n’ignore rien de ces enjeux de santé pour les personnels. Le ministère du travail a largement diffusé le rapport Gollac (lien) à l’ensemble des ministères. Il doit en tenir compte, et se conformer aux obligations du Code du travail (articles 4121-1 et suivants) qui l’enjoint de protéger la santé physique et psychique des personnels en adaptant le travail aux personnels et non l’inverse.
Le numérique, si tant est qu’il soit utile à l’école, ne peut être qu’un outil au service des apprentissages : démontrons-nous d’abord la pertinence pédagogique de l’outil numérique dans les classes avant de l’utiliser massivement comme c’est le cas aujourd’hui. A ce propos, lire l’excellent numéro de N’autre école, la revue de Questions de classe(s) (lien)
En aucun cas le numérique ne doit être un outil de contrôle de la population et des personnels, ni d’asservissement, ni d’aggravation de la charge de travail, ni constitutif d’une fracture numérique pour les personnels et les élèves.
La mauvaise santé au travail a un coût social, détruit nos existences et nos liens aux autres. Les actions de l’employeur vont contre ses obligations et la loi, contre notre santé, contre le service rendu au public.
C’est le moment de ne pas rester isolé·es. Contactons-nous entre collègues pour nous parler du travail, de notre manière de l’envisager, de le réaliser, organisons-nous pour lutter contre les demandes ou organisations qui nous éloignent du cœur de notre métier, mettons aussi en mots et en débats l’intérêt de l’école avec les usager·es, parlons de ce qui s’y joue et du lien fécond à tisser avec les familles. Les parents mesurent bien actuellement comme précédemment qu’enseigner est un métier et que l’école est un lieu de socialisation riche. Socialisons nos questionnements, collectivisons nos luttes. Entretenons ainsi notre santé au travail, cet équilibre toujours en mouvement. Changeons le travail, luttons !

SUD éducation revendique :

que le numérique ne soit pas un outil de casse des liens sociaux au travail et avec les usager·es ni un outil de contrôle des personnels et des populations, ni un outil de rente pour les firmes privées ;
l’analyse par les CHSCT de ce mode de travail sur la période et l’évaluation réelle réelle et approfondie des risques provoqués par ce mode de travail ;
que le ministère recule sur le tout numérique et la mise en place disproportionnée du télétravail au nom d’une pseudo « continuité pédagogique » ;
l’école comme lieu de socialisation des connaissances et des tâtonnements pour co-construire les apprentissages.

L’urgence est sanitaire et sociale.

Service de com’
Blanquer a-t-il quelque chose à cacher ?
Tout fonctionne super bien, tellement cela était prévu à l’avance, mais, chut, il ne faut pas le dire...
Dans le 49, mais ce fut le cas déjà dans d’autres départements avant, il faudrait l’aval de la hiérarchie pour pouvoir dire ce qu’on pense. En effet, il a été demandé que tout interview à des journalistes obtiennent en amont l’agrément de la hiérarchie. Censure, mais dans l’intérêt supérieur de la nation…
Il faudrait n’écouter que le discours de JM Blanquer pour connaître les réalités du terrain. Sur les plateaux de BFM le ministre est certes très présent, pour diffuser la continuité démagogique et à grand coup de communication encenser la réactivité et l’inventivité pédagogique des personnels de l’éducation nationale pour en réalité valoriser sa propre action. Le but est de montrer un ministère qui assure et qui viendra au secours des enseignant.e.s pour solutionner les problèmes rencontrés en sortant l’artillerie des logiciels qui sont vendus par les entreprises privées du numérique. Après la start up nation, on nous vend la nation apprenante.

Article 6 de la loi 83-634, dite loi Le Pors, Titre I du Statut Général : la liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires.

Blanquer a décidé d’écrire le récit de l’école au temps du confinement. Ne le laissons pas faire, c’est à nous d’écrire le récit d’un monde meilleur sans surveillance, où la liberté d’expression est réelle et dans lequel le peuple décide de ce qui est "bien" ! Un petit coup d’oeil à cet autre numéro de N’autre école (lien)
SUD éducation dénonce cette pression hiérarchique et ses dérives autoritaires qui ne visent qu’à museler la paroles des enseignant·es. Même dans ce contexte où la seule priorité devrait être sanitaire, Blanquer cherche à appuyer sans état d’âme sa vision de l’école et dévoile ici encore sa volonté de transformer le statut de l’enseignant·e en un·e simple exécutant·e soumis.e aux chef·fes.
Et nous vous proposons de jeter un œil à cette tribune, face à "la crise du coronavirus" des organisations syndicales, associatives et environnementales réclament "de profonds changements de politiques", pour "se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde" (lien).

Communiqué de la fédération SUD éducation
Annonces sur les examens : SUD éducation appelle à délivrer le baccalauréat et le DNB à tou·te·s les candidat·e·s inscrit·e·s
Vendredi 3 avril, le ministre Blanquer a fait un certain nombre d’annonces concernant les modalités de tenue des examens. La principale annonce consiste au contrôle continu des examens du second degré, Diplôme national du brevet et Baccalauréat pour les différentes filières et séries. Seront ainsi prises en compte les notes des deux premiers trimestre ainsi que celles du troisième trimestre si le confinement s’arrêtait suffisamment tôt. La deuxième session des E3C est annulée, et remplacée par une moyenne de la première et de la troisième session des E3C, et par la moyenne des notes de l’année de première pour les spécialités que l’élèves ne poursuivraient pas en terminale. Dernière annonce importante, les élèves devront obligatoirement être présent·e·s en classe jusqu’au 4 juillet.
Ce dispositif pose un certain nombre de difficultés. Le passage de la totalité des examens en contrôle va créer une inégalité plus importante encore entre les élèves en fonction de l’établissement dans lequel ils et elles sont inscrit·e·s. On sait que c’est un projet central de la part du ministre, ainsi qu’on a pu le voir avec la mise en place du “Bac Blanquer” et des E3C. De manière pragmatique, la délivrance du baccalauréat va produire des situations de rupture d’équité entre candidat·es. D’une part, les notes données au début de l’année ne reflètent pas nécessairement la motivation des élèves, et sont parfois fonction de stratégies d’évaluation voulues par les professeur·e·s (qui notent parfois plus durement au premier trimestre, par exemple), qui ne savaient pas au moment de noter que les notes compteraient pour l’examen, de même que les élèves. D’autre part, on peut douter de la valeur des évaluations lors d’un éventuel retour après le confinement, tant les conditions d’études auront été perturbées par cette crise sanitaire sans précédent. SUD éducation tient à rappeler que la réouverture des écoles ne doit pas s’effectuer tant que la sécurité et la santé des personnels n’est pas pleinement garantie. La prudence la plus grande doit prévaloir en la matière.
Certes, la crise sanitaire bouscule nécessairement la passation des examens. Mais pour les raisons évoquées ci-dessus notamment, il n’est pas raisonnable d’opter pour le passage des examens en contrôle continu. Pour SUD éducation, la seule solution est de délivrer le baccalauréat et le DNB à tou·te·s les candidat·e·s inscrit·e·s. La crise sanitaire que l’on connaît est un événement suffisamment exceptionnel pour qu’un tel dispositif soit mis en place, de manière également exceptionnelle.
SUD éducation réclame toujours l’abrogation de la réforme du bac et des lycées, et l’abandon des E3C.
SUD éducation appelle à délivrer le baccalauréat et le DNB à tou·te·s les candidat·e·s inscrit·e·s en garantissant le redoublement à celles et ceux qui le souhaitent dans leur établissement.